Accueil / Emissions/ Victor Démé  
 
VICTOR DEME
Origine : Burkina Faso

Influences musicales : Folk africaine, blues, salsa, musiques traditionnelles.

Amis : Ali Farka Toure, Toumani Diabate, Salif Keita

Liens web :
http://www.myspace.com/victordeme

Difficile de rester insensible à ce petit monsieur à casquette et au regard qui pétille comme celui d’un enfant. Dès qu’il commence à chanter, Victor est transformé et nous sommes transportés, frappés par la puissance de sa voix et son élégance.
L’histoire de Démé nous rappelle que la vie est pleine de surprises; né au Burkina Fasso, d’un père couturier et d’une mère griotte, il fait ses armes dans les clubs d’Abidjan avec l’Orchestre SuperMandé et rejoint le Burkina Fasso quand Sankara arrive au pouvoir. C’est seulement après trente années de carrière avec des hauts et beaucoup de bas, qu’il enregistre son premier album éponyme, avec le soutien de Chapa Blues et de Makasound.
Dans cet opus, justement salué par le public et la presse, Victor nous chante des romances mandingues aux accents latins, qui rendent hommage aux femmes et appellent les Burkinabés à la solidarité nationale. Ses mélodies folk blues s’impriment dans nos mémoires et nous plongent dans une douce mélancolie….Et Démé, longue vie à toi !
Ophélie Cohen

VIDEO

INTERVIEW

Rencontre avec Victor Démé à l’occasion de sa première tournée en France.
Par Ophélie Cohen. Juin 2008

   

O : Ton album commence par un morceau intitulé « Djôn’maya », qui parle de tolérance.
Victor Démé : Oui, dans cette chanson je dis qu’il faut respecter son prochain. On connaît aujourd’hui mais on ne sait pas ce qui peut se passer demain. Tu peux être mieux que quelqu’un un jour et ne plus pouvoir rien faire sans lui le lendemain… Ce que tu n’ aimes pas, il ne faut pas le faire aux autres, quelles que soient ta voiture, ta villa, ta richesse… Chacun a besoin de la paix et du respect, même s’il est pauvre.

O : Après trente ans de carrière tu as finalement enregistré ton premier album et il est très bien accueilli en France. J’imagine que ça doit te toucher ?
Victor Démé : Oui, depuis que je suis arrivé ici, il y a plein de gens qui me disent « Démé,j’ai acheté ton album et je l’écoute depuis longtemps… » Alors que c’est mon premier séjour en France. En tous cas, je commence à comprendre certaines choses, je vois ce que les gens aiment, dans les instruments et les textes et c’est ce que je vais travailler maintenant.

O : Il y a eu une rencontre à l’origine de cet album ?
Victor Démé : Oui c’est Camille [Louvel] qui est à la base de tout, David [Commeillas] est venu nous aider et après nous avons créé un label [Chapablues] avec Nicolas [Maslowski] et Romain [Germain]. Ils se sont donné la main pour pousser l’affaire, et moi je trouve que ça brille !

O : De quoi parle la chanson Burkina Musso ?
Victor Démé : Je dis aux hommes burkinabés d’encourager les femmes, car elles sont courageuses. Elles se réunissent pour se donner des idées et construire des projets. Il y en a qui font des pagnes, d’autres des petits jardins, d’autres des savons ; elles montent des associations un peu partout... Le matin, tu vois les femmes à vélos, qui pédalent jusqu’au marché, après elles doivent rentrer à la maison et s’occuper des enfants…Elles font avancer les choses et méritent nos encouragements.

O : D’ailleurs je crois que tu as appris la musique avec une femme, en l’occurrence ta mère, qui était griotte…
Victor Démé : Oui aussi avec ma grand-mère maternelle, mais elles ne m’ont pas vraiment appris. Je les voyais faire. Moi je ne pouvais pas faire comme elles, mais au fond du coeur j’étais avec elles.

O : Quand as-tu compris que la musique ferait partie de ta vie ?
Victor Démé : Depuis mon enfance, j’aime trop chanter ; il y a même des gens à l’époque qui m’ont donné 25 000 francs [Cfa] pour m’écouter.

O : Tu es né au Burkina Fasso, mais tu es parti en Côte d’Ivoire quand tu étais très jeune ?
Victor Démé : Oui j’étais à l’école coranique et chaques vacances je partais avec ma mère au Burkina voir ma grand-mère. L’ambiance était super car comme elle était griotte, elle était invitée partout.

O : A quelle époque as-tu découvert les musiques afroaméricianes ?
Victor Démé : Quand j’étais petit chez mon cousin, il écoutait beaucoup de jazz, de blues et de musiques cubaines. Je voyais que les mélodies lui plaisaient et j’ai eu envie de faire pareil.

O : Dans les années 70’s, à Abidjan tu as beaucoup joué et fait partie de plusieurs Orchestres. Pourtant en 1988 tu décides de retourner dans ton pays…
Victor Démé : Je me sentais mal en Côte d’Ivoire, nous les voltaïques, nous n’étions pas du tout respectés. On nous appelait les « burkinabêtes »… Il y a avait des rafles et on était très mal vus. Même si le Burkina c’est l’enfer au moins c’est chez moi et je me sens heureux là-bas.

O : J’imagine que cet album tu y avais pensé depuis longtemps, quelle couleur voulais-tu lui donner ?
Victor Démé : Moi je ne force pas l’inspiration. Comme je ne sais pas écrire ni lire, si une mélodie me vient et que je vois qu’elle peut me servir, je l’enregistre avec un appareil. Sinon, je suis obligé de la reprendre jusqu’à ce qu’elle reste dans ma mémoire.

O : Quels musiciens t’ont influencé ?
Victor Démé : Tout ce qui est bon me plait, l’important c’est que la musique me touche directement.

O : Cet album est très touchant, il a un côté triste, presque nostalgique...
Victor Démé : Oui, j’ai vu plein de choses tristes, tous ces enfants abandonnés par leurs parents. Aujourd’hui on a tous les moyens d’éviter la grossesse, alors je ne comprends pas pourquoi on ne peut pas empêcher tout cela.

O : Ce disque est assez rare, au Burkina les gens écoutent plus du coupé décalé. Ce n’est pas difficile d’arriver avec un album pareil ?
Victor Démé : C’est vrai, j’ai des amis qui m’ont dit « Démé pourquoi tu ne mettrais pas un peu de coupé décalé dans ta musique ». Moi je dis chacun son genre. Ce n’est pas que je n’aime pas le coupé décalé. Je ne veux pas le jouer, car ça ne me va pas. Chez moi au Burkina c’est trop écouté !!! Si il y a des bons messages dedans ça va encore, mais si c’est pour parler d’un tel ou un tel ce n’est pas intéressant….

DISCOGRAPHIE

   
     

Victor Démé

Makasound
Mars 2008

Achetez sur Fnac.com
     
 

 
 
 
Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne. Cette publication (communication) n’engage que son auteur et la Commission n’est pas responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qui y sont contenues.