Après
quelques escapades, rock, soul et rap-musette,
le jamaïcain Winston McAnuff revient à
ses premières amours, avec un album roots
« Nostradamus » réalisé
par le Mozart de la musique Jamaïcaine Clive
Hunt. Winston a.k.a « Electric Dread »
a choisi le meilleur des chansons qui lui trottaient
dans la tête depuis quelques années.
On apprécie ce retour aux sources, d’autant
plus qu’il s’enrichit de ses précédentes
expériences musicales (on retrouve Fixi
de Java à l’accordéon !) Du
groove, du feeling, le plus soul des Reggaeman
impose sa voix avec force, classe et sérénité.
INTERVIEW
Rencontre avec Winston
à l'occasion de sa tournée en France
Octobre 2008
par Ophélie Cohen
O : Pourquoi as-tu
choisi le titre «Nostradamus» pour
ton dernier album ?
Winston : C’est le nom d’une chanson
écrite par mon frère John McAnuff,
il y a dix ans. Comme j’ai développé
des liens avec la France ces dernières
années, je voulais attirer l’attention
sur ce personnage, qui est une sorte de prophète
français. Je suis un messager.
O : Un messager de qui ? Tu ne parles pas beaucoup
de Dieu…
Winston : Au commencement il y avait le monde,
rien ne fonctionnerait sans Dieu, l’invisible,
l’immortel. Le son a les mêmes particularités
que lui, tu ne peux pas le voir, ni le toucher,
mais il existe toujours.
O : Comment s’est passée la création
de ce disque ?
Winston : La plupart des chansons ont été
écrites il y a 20 ans, mais je ne les avais
jamais enregistrées, je les ai jouées
tranquillement sur ma guitare pendant des années,
et quand on m’a demandé de réaliser
un album roots, j’ai rassemblé les
meilleures d’entre elles, et voilà
!
O : Tu as travaillé avec Clive Hunt, pourquoi
lui ?
Winston : Clive est mon ami depuis très
longtemps, il a eu des moments difficiles dans
sa vie, et je l’ai accueilli chez moi, car
je savais qu’il avait du potentiel en tant
que personne. Après quelques années
de travail avec le label Makasound, le nom de
Clive Hunt est venu. Je l’ai appelé
et je lui ai dit « Clive je suis prêt
pour le faire cet album reggae ! »
O : J’imagine que tu n’as pas travaillé
de la même façon qu’avec Fixi
[du groupe Java]
Winston : Fixi travaille plus à partir
des livres. Clive lui est un fou de musique. S’il
crée par exemple un arrangement pour un
cuivre, il ne vient pas avec une partition. Il
te dira juste « joue moi un thème
type de Miles Davis », et avec son savoir,
il te demandera de corriger ceci ou cela.
O : Dans tes deux précédents albums
« Drop » et « Paris’ Rockin
» tu as mêlé le reggae au rock
et à la soul, pourquoi être revenu
à un reggae plus roots ?
Winston : Quelqu’un d’extérieur
peut avoir l’impression que je métisse
le reggae, mais moi, je vois la musique comme
un son, et donc peu importe si on la joue avec
un beat rock, jazz ou reggae... L’important
c’est que je véhicule un message
positif.
O : Quand on regarde ton parcours musical, on
sent que tu as été guidé
par des rencontres humaines.
Winston : Tu sais, ma vie fonctionne parfois avec
des coïncidences, je suis le flot, plus que
je n’essaie de provoquer les choses. Parfois
je rencontre des gens et je ressens quelque chose
de positif, alors je teste si je peux travailler
avec eux. Camille Bazbaz, par exemple, voulait
faire un album reggae, je lui ais dit «
ok, mais joue moi d’abord une des tes compositions.
Si j’aime quelque chose, ça sera
facile pour moi de travailler avec toi».
Et ça c’est comme ça qu’on
a commencé, je n’ai pas eu à
changer ce que je faisais, lui non plus. Avec
Java, ça s’est passé de la
même façon.
O : Tu es très ouvert musicalement, ce
n’est pas si courant dans le reggae !
Winston : Je vais te dire une chose : c’est
très courant dans le reggae, mais beaucoup
de gens cherchent à le cacher… Nous
les Jamaïcains, nous avons grandi avec des
musiques américaines et étrangères.
Le petit producteur ne peut pas payer les radios
pour qu’elles diffusent sa musique…Marvin
Gaye, Aretha Franklin, Michael Jackson, voilà
les gens qu’on entend tous les jours en
Jamaïque. Tu sais qui est la plus grosse
star Jamaïcaine actuellement ? C’est
un gars qui s’appelle Kenny Rogers…Un
homme blanc venu des Etats-Unis [rires]. Quand
il vient en Jamaïque les femmes pleurent…
O : Quelles sont les rencontres musicales qui
ont joué un rôle déterminant
dans ta musique ?
Winston : Je dirais pour commencer Camille Bazbaz,
car nous avons essayé de travailler différemment.
Ce n’est pas bien d’être enfermé
dans une boite. Par exemple si tu es un artiste
rock, ce n’est pas bien de jouer du rock
tous les jours, tu dois essayer d’autres
choses, chercher de l’air frais dehors et
après tu reviens !
O : Qu’est ce qui t’a donné
envie de faire de la musique ?
Winston : Quand j’étais petit je
chantais avec ma mère à l’église
et puis j’ai toujours aimé écouter
la musique à la radio, alors je me suis
engagé dans quelques groupes. Mon père
est mort en 1972 et je suis parti vivre à
Kingston, j’étais donc plus près
des studios et des producteurs. Je suis tous allé
les voir avec ma guitare sous le bras, jusqu’à
ce que j’enregistre mon premier album en
1977.
O : Tu as beaucoup tourné, peut-on dire
que tu es plus un artiste de live ?
Winston : Je ne sais pas, mais ce qui est sûr
c’est que je ne fais pas de la musique pour
l’argent, c’est une mission, une tradition…
O : Qu’est ce que tu penses de la scène
reggae actuelle ?
Winston : Je vois la musique reggae comme un arbre,
avec plein de plantes qui viennent se greffer
dessus, il y a des gens qui viennent d’Allemagne,
d’Italie, et d’Afrique, qui sont des
stars du reggae. C’est magnifique, de voir
que notre combat pour le reggae porte ses fruits
dans le monde entier.
Ce
projet a été financé avec le soutien de la Commission
européenne. Cette publication (communication) n’engage
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