Yom
“the New king of Klezmer Clarinet”,
ne manque ni d’humour ni de talent.
A 28 ans, il sort son premier album, hommage au
clarinettiste Natufle Brandwein.
Un vrai bijou musical.
Son premier album sorti chez Buda Musique le 27
octobre 2008.
INTERVIEW
par Ophélie
Cohen novembre 2008
O
: Sur la pochette de ton album tu trônes
royalement, sur ton myspace tes amis sont des
rois. Tu prônes un retour à la monarchie
ou bien c’est une blague ?
Yom : C’est vrai, mais mon meilleur ami
[sur myspace] est la révolution française
!! Et je fais la sortie de mon disque à
Bastille [au Café de la Danse] ! Evidemment
tout cela est une blague, ou du moins à
moitié, car je veux rendre hommage au fameux
Naftule Brandwein, qui s’était autoproclamé
dans les années 1920 à New York,
« King of Klezmer clarinet ». J’avais
envie de reprendre le flambeau. Comme de nos jours
la dimension visuelle s’ajoute à
la musique, j’ai travaillé avec un
graphiste concepteur photographe du nom de Frédéric
Roll. J’avais envie de quelque chose qui
« tape » vraiment . J’ai inventé
une sorte de « Klezmer Bling bling »…
O : Musicalement comment le Klezmer peut être
« bling bling » ?
Yom : [Rires] Dans les musiques d’Europe
de l’Est, il y a toujours une petite forme
de compétition qui vient se greffer. Tout
le monde joue les mêmes thèmes traditionnels.
C’est donc à qui va trouver la nouvelle
petite phrase, qui va jouer un peu plus vite,
créer un nouvel arrangement. Bref, il y
a un côté un peu « show off
» dans ces musiques et je voulais en rire.
Je voulais aussi rendre hommage à Naftule,
qui avait une grande technique instrumentale.
Quand il arrivé à New York, le Klezmer
n’était pas trop développé
au Usa. Il s’est probablement dit que c’était
le moment pour lui de prendre la place…
Il y avait aussi chez lui ce petit côté
bling bling. D’ailleurs à la fin
de sa vie, il a même fini par jouer pour
la mafia juive. S’il avait vécu à
notre époque, il aurait été
rappeur certainement…
O : Tu penses qu’aujourd’hui il y
a aussi une place à prendre pour toi ?
Yom : C’est vrai qu’en termes de Klezmer
nous sommes encore très peu. Il y a de
la place pour tout le monde : Pour ceux qui souhaitent
l’aborder de façon plus introspective,
plus musicale, comme Denis Cuniot, avec qui je
travaille depuis dix ans. Comme pour ceux qui
souhaitent l’orienter vers le hip hop ou
l’éléctro. On me parle souvent
à propos de mon travail d’un retour
aux sources. Je ne suis pas complètement
d’accord. J’ai essayé d’apporter
des petites nouveautés : dans le jeu de
clarinette, dans l’accompagnement. Mes inspirateurs
sont Natufle, mais aussi Giora Feldman, un grandiose
clarinettiste argentin, d’une grande culture
classique, qui a apporté à la musique
klezmer une espèce de surémotivité.
J’ai pris et mélangé ces deux
influences : la rigueur de Naftule, mais aussi
le côté tripal de Giora…
O : Comment s’est passée la création
de l’abum ?
Yom : Au départ, j’avais fixé
comme contrainte de rendre hommage à Naftule
Brand- wein. J’ai commencé par beaucoup
l’écouter pour identifier ce qui
faisait la particularité de sa musique
: la clarinette est le seul instrument à
jouer le thème, et elle ne joue jamais
deux fois la même phrase. Pourtant il arrive
à amener sur des thèmes de 2minutes
30, une forme de transe en faisant des mini variations,
qui font que ce n’est jamais deux fois exactement
la même chose; j’ai ensuite choisi
les morceaux que je préférais à
l’oreille et qui m’inspiraient. Après,
s’en est suivi un très long travail
de répétition et d’appropriation.
O : Qu’est ce que tu as apporté musicalement
?
Yom : Mon ouverture aux musiques des Balkans et
contemporaines. Comme j’ai étudié
au conservatoire, j’ai une technique classique.
Je ne suis pas donc totalement dans la musique
traditionnelle. Sur des titres comme « Oh
Daddy, that’s good », il y a même
des ouvertures à la techno, d’ailleurs
on ne trace pas loin des 170 bpm …
O : Comment définirais-tu la musique Klezmer
?
Yom : Klezmer en hébreu cela veut dire
« instrument et voix », « chanter
avec son instrument, comme avec une voix ».
C’est une musique purement instrumentale,
laïque, liée aux cérémonies.
On la trouve de l’Allemagne, jusqu’à
la Turquie en remontant par la Pologne, la Lituanie
et une partie de la Russie. Donc c’est difficile
de la définir. Musicalement, il y a des
ornements particuliers sur les instruments, on
est rarement dans des grosses fanfares, comme
chez les tziganes. Le trajet harmonique est moins
modal que la musique balkanique. C’est une
sorte de mélange de musique tzigane hongroise
roumaine , qui va se nourrir de balkanique et
d’harmonie plus occidentale, classique presque…
O : Comment as-tu découvert ces musiques
?
Yom : J’écoute du klezmer depuis
mes 6 ans, j’ai commencé avec Giora
Feldman. Quand j’avais 16 ans, Pierre Wekstein
du groupe « l’Orient Express Moving
Schnorers », m’a appelé un
peu en catastrophe, car leur clarinettiste avait
disparu. Il avait entendu dire que je jouais bien.
On a essayé, il m’a montré
deux trois petits trucs et je m’y suis fait
rapidement. Au début il m’écrivait
tout, mais rapidement j’ai voulu improviser.
J’ai donc appris l’improvisation et
le Klezmer en même temps. En sortant de
huit ans de conservatoire… Cela a été
explosif. Depuis je n’en suis plus sorti…
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